L'ennemi
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
– O douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
...Chaque seconde qui passe nous rapproche de l'heure de notre mort...
A quoi bon avoir peur de mourir,
Qu'es ce que la mort?
Peut-être es ce une nouvelle vie, une nouvelle "chance pour certains, qu'importe.
Nous mourirons tous un jour ou l'autre,
Aujourd'hui ou Demain, quelle différence?
Après tout, que sommes nous ?
Comme disait autrefois "pascal", Qu'est-ce que l'homme dans la nature?
Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un millieu entre rien et tout.